Contexte et enjeux
La transparence des informations sur la propriété continue d'être au cœur des préoccupations des gouvernements et du public, comme l'a démontré la couverture médiatique entourant les fuites de données ces dernières années. Ces fuites ont souvent démontré que le manque de transparence cachait des délits. Par exemple de l'évasion fiscale, du blanchiment d'argent, du financement du terrorisme ou des tentatives pour éviter des sanctions potentielles. Prenons pour exemple les dernières révolutions arabes qui ont révélé les montages financiers d'anciens dirigeants s’accaparant des milliards au détriment de leurs propres pays : le clan Ben Ali en Tunisie, Hosni Moubarak et sa famille en Egypte et la famille Kadhafi, en Lybie. Dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d'argent, du financement du terrorisme, de la corruption, il est important d'identifier la personne physique qui contrôle, directement ou indirectement l'organisme cible. En France, la Commission des sanctions de l’ACPR a décidé qu’il appartenait à l’organisme, de rechercher si une ou plusieurs personnes exerçaient de fait, un pouvoir de contrôle sur l’administration de la société cliente afin d’identifier le ou les bénéficiaires effectifs (Décision CS Axa France Vie – n°2015-08).
Bénéficiaire effectif, qui es-tu ?
Le bénéficiaire effectif est défini comme la (ou les) personne physique qui possède ou contrôle, directement ou indirectement, la société ciblée. En aucun cas, il ne peut s’agir d’une personne morale. Le bénéficiaire effectif est soit :
- la (ou les) personne physique qui détient, directement ou indirectement, plus de 25% du capital ou des droits de vote de la société ciblée ;
- la (ou les) personne physique qui exerce, par d’autres moyens, un pouvoir de contrôle sur les organes de gestion, d'administration ou de direction de la société ciblée ou sur l'assemblée générale de ses associés ou actionnaires ;
- uniquement à défaut d’identification d'un bénéficiaire effectif selon les deux critères précédents. La (ou les) personne physique qui occupe directement ou indirectement (par l’intermédiaire d’une ou plusieurs personnes morales) la position de représentant légal de la société ciblée.
Pour les entreprises sans capital (entreprises individuelles, associations…), les bénéficiaires effectifs sont les représentants légaux de l’entreprise ciblée.
Pourquoi recherche-t-on un bénéficiaire effectif ?
Pour un établissement financier ou une entreprise, il est très important de connaître la (ou les) personne physique qui possède ou contrôle les entreprises tierces avec qui l’on traite. La non-connaissance peut entraîner des risques de sanctions pour corruption, blanchiment d’argent, fraudes fiscales, ainsi que des risques réputationnels souvent irrécupérables. Le dernier scandale en date autour de Isabel Dos Santos et le Luanda leaks, ainsi que le vaste réseau d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent, repose principalement sur des « Shell Companies » basées à Malte, Ile Maurice et Hong Kong. Ces coquilles vides qui n’ont aucune activité, ne possèdent rien et qui n’ont généralement pour seul but que de cacher des personnes (les bénéficiaires effectifs) et des activités souvent illégales. On en a pour preuve, certains organismes financiers portugais qui sont dans l’œil du cyclone pour avoir permis le développement d’un tel réseau, avec son lot de suicides ou meurtres. Est-ce qu’on se dirige, une nouvelle fois, tout droit vers un scandale qui ressemble à celui d’Odebrecht ?

